Tatie Yvette regarde Benedetta

Au téléphone, elle m’a dit « Je suis tentée par Benedicta » 

J’ai cru qu’elle parlait de la mayonnaise, alors je n’étais pas très emballée. Bien sûr ça l’a agacée, parce que ma Tatie Yvette n’a jamais été de nature très patiente et qu’à 78 ans, ça ne s’arrange pas :

  • Mais non, enfin, fais un effort. Je te parle du truc où la petite Virginie qui présentait

« La Nouvelle Star » sur M6 est bonne sœur .

Je n’y croyais pas trop, mais après « Titane », je me suis dit que ça ne pouvait pas être pire.

C’est comme ça que Tatie et moi, on a été voir « Benedetta », 12 nominations au Festival de Cannes avec Virginie Effira. Comme d’habitude, j’ai pris la séance de 13 h 35, rapport au problème de Tatie qui se croit dans son salon quand elle va au cinéma et qu’elle commente tout à voix haute.

Au début, c’est l’histoire d’une petite fille très pieuse, qui s’agenouille dès qu’elle voit une statue de la vierge et qui croit qu’elle fait des miracles parce qu’un oiseau a chié sur l’épaule d’un bandit de grand chemin qui s’apprêtait à dévaliser sa famille. Elle rentre au couvent, à Pescia, en Toscane, sous la férule de Charlotte Rampling, qui, même en bonne sœur, reste la femme la plus classe et la plus glaçante du monde.

Les années passent, en grandissant, la petite fille brune devient de plus en plus mystique et blonde. Ça ne plait pas du tout à Tatie, qui est assez accommodante sur la véracité historique, mais un peu plus chatouilleuse sur la crédibilité capillaire. Elle commence à bougonner que dans sa carrière de coiffeuse, elle n’a jamais vu de gens très bruns devenir spontanément blonds, que l’inverse est assez fréquent, mais que faudrait voir à pas prendre les spectateurs pour des imbéciles et que ça l’étonnerait que les nonnes des couvents au 17e siècle s’éclaircissent les longueurs au L’Oréal blond blond cendré n°23. Pour la calmer, je lui dis qu’on va écrire directement à Paul Verhoeven pour lui signaler cette erreur. Apaisée, Tatie concède que le blond doré de Virginie Effira, couplé à de très légères ondulations sur les longueurs et un subtil effilage des pointes, c’est très joli.
Les années passent et Benedetta a de plus en plus de visions, elle voit Jésus et il ressemble un peu à Julien Doré. (Gagnant de La Nouvelle Star 2007, la boucle est bouclée).

Arrive une jeune et troublante novice, Bartolomea, belle et libre comme le jour. Elle se promène toute nue (on voit bien que c’est une vraie brune). Elle va même aux toilettes devant Benedetta et fait des bruits de pets (on voit bien que c’est un vrai film d’auteur). Elle profite même d’une prière collective pour frôler les fesses de la jolie nonne et celle-ci, troublée, est immédiatement en proie à ses hallucinations. Elle voit des serpents lui monter dessus, et Jésus-Julien Doré volant à son secours.

À ce moment précis, je sais que Tatie va couiner qu’elle ne supporte pas de voir des serpents. D’aussi loin que je me souvienne, depuis la scène de la fosse dans Indiana Jones, en passant par Harry Potter qui combat un serpent-basilic géant dans la crypte, il faut toujours qu’elle la ramène avec sa phobie des reptiles.

Elle couine.

Je lui dis de se taire.

Elle recouine et elle dit « et voilà, ça recommence, c’est comme dans les épreuves de Fort Boyard, je peux pas regarder ».

Je lui dis de laisser Fort Boyard tranquille, de fermer les yeux et de se taire.

Pendant ce temps, Benedetta n’est pas en grande forme et elle fait d’étranges crises. Elle se tord de douleur dans son lit. Tatie est persuadée que ce sont des crises de colite néphrétiques. Elle me raconte que Tonton a eu ça aussi et qu’il a fallu passer un petit tuyau dans son urètre. Je n’ai pas DU TOUT envie de visualiser cette scène, alors je me concentre sur le film.

Par moments, quand elle est en colère, Benedetta se met à parler avec la voix de Jésus-Julien Doré et roule des grands yeux fous. Tatie dit que c’est un peu comme la gamine dans l’exorciste, sauf que la jolie nonne ne crache pas de la morve verte, garde sa mine fraiche et ses cheveux légèrement ondulés. Tatie dit que ça ne l’étonne pas, que déjà à « La nouvelle Star » la petite Virginie était toujours très élégante.

En attendant, « la petite Virginie » a des stigmates, des plaies apparaissent à ses pieds et à ses mains.  Charlotte Rampling fait son regard glaçant et doute de la véracité du miracle, bien que Bénédetta clame partout « c’est Jésus qui m’a fait ça ».

Comme on ne peut pas la laisser seule sans soin, c’est la coquine Bartolomea qui se dévoue pour partager sa chambre. Il y a un rideau en voile entre les deux femmes et quand elles se déshabillent, on voit leurs jolies silhouettes en ombre chinoise ; ça fait un peu comme dans un Peep-show. Heureusement qu’elles n’ont pas un crucifix géant, sinon elles nous feraient du pôle dance en s’aspergeant d’eau bénite. Tatie dit « ben dis donc, je voyais pas les couvents comme ça ».

Elles se chauffent tellement qu’elles finissent par coucher ensemble. Techniquement, on comprend vite que Bénedetta est plus vaginale que clitoridienne, parce qu’elle se plaint que les doigts de sa maitresse ne vont pas assez loin. Tatie rigole et dit qu’avec tonton, même avec son urètre un peu bouché, il n’y a jamais eu ce problème. Je ne VEUX PAS visualiser. 

Une des jeunes novices émet à son tour publiquement des doutes sur l’authenticité des miracles. Bénedetta se fâche très fort avec sa voix de Jésus-Julien Doré. Humiliée, la jeune délatrice se suicide en se jetant du haut des remparts.

Pendant ce temps, Bartolomea fait des travaux manuels. Elle retaille la petite statue de la vierge que la maman de Benedetta avait offerte à sa fille lors de son entrée au couvent.Tatie m’explique que tonton aussi, en vacances il sculptait des appeaux en bois avec son opinel, pour attirer les oiseaux.

La scène suivante, on voit bien que ce n’était pas les oiseaux que la jolie Bartoloméa voulait attirer. Je fais remarquer à Tatie qu’un godemichet n’a rien à voir avec un appeau à oiseaux. Elle en convient du bout de lèvres :  « peut-être, mais en tout cas, la petite Virginie, ça la fait bien piailler on dirait ».

Toutes ces gaudrioles ne plaisent pas du tout à Charlotte Rampling, qui s’en va trouver l’inquisiteur. Il est joué par Lambert Wilson. (J’ai toujours trouvé cet acteur très séduisant, mais là, avec cette petite frange courte sur le front, on dirait Manuel Valls et c’est beaucoup moins sexy). Ils décident de retourner à Pescia, pour tenter de confondre Benedetta. Les choses se compliquent, parce qu’il y a une terrible épidémie de peste et que les habitants ne veulent plus laisser pénétrer des étrangers à l’intérieur de la cité, de peur d’être contaminés. Là, Tatie se lance dans une de ses théories idiotes dont elle a le secret et me dit que le réalisateur a voulu faire une métaphore sur le passe sanitaire. Finalement, Lambert-Manuel Valls fronce les sourcils et devient tout rouge comme lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et ils peuvent rentrer dans la ville sans même un test PCR, afin d’y juger Benedetta. Celle-ci a beau invoquer Jésus et faire sa grosse voix de Jésus-Julien Doré, elle est tout de même condamnée au bucher. Mais comme elle est très populaire, la colère commence à monter dans la ville et il y a des émeutes. Tatie me pousse du coude : « Tu vois, c’est comme les manifs des antivax ».

Pendant ce temps, Charlotte Rampling et Manuel Valls qui étaient, sans le savoir porteurs de la peste, meurent, lynchés par la foule des villageois furieux d’avoir été contaminés. Tatie trouve ça un peu excessif, mais dit : « Ça m’étonne à moitié. Avec ces furieux de Bigard et de Lalanne, les gens deviennent fous ».

Bartoloméa a profité de la confusion pour libérer son amoureuse, qui est juste un peu brulée aux mains, mais toujours ravissante. Ses ondulations n’ont pas bougé et c’est peut-être le vrai miracle du film.

Dans les derniers plans, Benedetta, après une nuit d’amour, repart finalement vers la ville, pour poursuivre sa mission.

Fin.
Je sens Tatie dubitative dans son fauteuil. Elle se lève, et elle dit : « Allez, viens, on va se faire des sandwiches, les conneries, ça me donne toujours faim ».

Ça tombe bien, j’ai acheté de la mayonnaise Bénédicta.

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