L’autre jour, quelqu’un m’a demandé pourquoi j’écrivais. Je n’ai pas su quoi lui répondre. Et puis, ensuite, je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à cette photo. Je ne sais pas quel âge j’ai. Je sais juste que je suis accroupie devant un oisillon, tombé du nid. Je ne le touche pas, je garde mes mains croisées. Je me souviens l’avoir longuement observé et j’ai dû penser qu’il était bien mal tombé et qu’il aurait mieux valu qu’il ne soit pas ramassé. 

Je ne souris pas sur la photo. Je souriais rarement à l’époque. Je crois que j’avais toujours ce même air sage et inquiet. 
Les enfants malheureux ne parlent pas. 
Je crois que c’est pour ça que j’écris. Pour apprivoiser les mots.
Bien entendu, l’oisillon est mort, quelques heures après la photo. 
Mais moi, depuis, je me suis envolée.

Et je souris sur les photos !